(le délégué) - Levez-vous! Saluez!
(Romukaji-sensei) - Très bien, délégué. Asseyez-vous. Aujourd'hui, le sujet de ce cours portera sur...
(un élève) – Et alors, c'trop fort, quand Naruto il lui fait son super jutsu d'la mort, tu vois, quoi, et pis...
(Romukaji-sensei) – SILENCE! Et qui vous a permis d'évoquer des choses pareilles dans cette classe! Vraiment! Ah, de nos jours, certains regardent vraiment n'importe quoi. De mon temps, certes... [ellipse de 10 minutes] alors vous me copierez 500 fois les paroles de Motteke Sailor Fuku, ça vous mettra quelque chose dans le crâne! Tsss... Où en étais-je?
(le délégué) – Au sujet du jour...
(Romukaji-sensei) – Ah, oui, bien sûr, certes... Ah, voilà. Aujourd'hui, je vous présenterai un animé récent, nomme Kuroshitsuji. (murmures d'incompréhension) Evidemment, je vois que cela ne vous dit rien. Il est vrai que c'est loin d'être la série la plus commentée du moment sur les divers blogs. Au fond, si cela permet d'aborder un sujet non trollé, tant mieux! A propos de troll, cela me rappelle une anecdote amusante de ma jeunesse, durant une soirée de jeux de rôles... Mais je vois que l'heure tourne, aussi je vous la raconterai plus tard... Vous m'y ferez penser, hein?
(le délégué et les autres, murmurant) – Mouaif... héhé bien entendu... tu peux courir.
(Romukaji-sensei) – Kuroshitsuji, outre sa ressemblance avec la transcription la plus répandue de l'éternuement en nahuatl moderne, est un anime de 2008 basé sur un manga de Yana Toboso
(apparemment, encore en cours de publication au Japon). Série du genre fantastique et comique, quoique pas totalement délirante : si l'on veut, le fond se veut sérieux voire dramatique, derrière
des péripéties comiques qui sont un peu comme l'écume des jours étranges de cette petite société...
La série est centrée sur deux personnages. L'un est Ciel Phantomhive, un garçon de 12 ans, jeune lord britannique de l'époque victorienne. Orphelin fortuné (il possède une société spécialisée
dans les jouets), intelligent et blasé, un bandeau sur l'oeil, il est surtout l'héritier d'une famille chargée des basses oeuvres de la monarchie anglaise. C'est donc sans émotion qu'il passe de
la gestion de ses affaires aux enquêtes mystérieuses pour le compte de la reine Victoria. Mais heureusement, il n'est pas seul.
Car le personnage emblématique de la série, c'est son majordome. Un majordome absolument parfait. Il sait tout faire, sans perdre son calme. Oui, tout. Même ça. Cuisiner, accueillir admirablement des invités, faire rire le croque-mort le plus dérangé de Londres, tuer des brigands avec des fourchettes à escargot... Et comme de juste, il s'appelle Sebastian. A ce sujet, notez, jeunes élèves, qu'il semble que ce gag récurrent de nommer ainsi les majordomes remonterait à l'adaptation NHK de Heidi.
Bon, il y a deux ou trois bricoles pas claires à son sujet, mais pas de quoi fouetter un chat (d'ailleurs il adore ces bestioles). Par exemple, c'est un démon. Et il a signé un pacte avec Ciel, pour obéir à tous ses ordres. S'agissant d'un démon, il peut faire preuve d'une certaine malignité parfois, en n'obéissant qu'à la lettre d'un ordre, ou en ne révélant pas une information... C'est une bonne idée scénaristique, cela introduit un peu d'originalité voire de perversité dans la relation un brin compliquée du duo vedette.
Le côté plus comique de l'anime est complété par une belle brochette de personnages. D'abord le reste du personnel de maison, qui malheureusement double le travail de notre majordome : un cuisinier brutal et incapable, une meido bien à la masse, un jardinier qui flatte le côté shota des spectatrices, et un vieux au rôle certainement décoratif. Puis d'autres, y compris une sorte de dandy chinois, appréciable car toujours accompagné d'au moins une Chinoise en qipao!
On retrouve donc ce petit monde confronté à des situations banales ou à des crimes fantastiques, le tout dans une ambiance que l'on qualifiera
de "gothique" (selon l'acception du milieu dont ce blog fait partie). Et c'est là une sorte de retour aux
sources. En effet, le fantastique a réellement pris son essor avec les romans dits gothiques, à l'époque victorienne où se
passe la série. L'esthétique est donc sombre, mais froufrouteuse (si vous me passez l'expression), horrifique mais raffinée, et constamment dans une posture de distanciation vis-à-vis du gothique
pur et dur.
Par ailleurs, je me suis laissé dire que la série se laisserait aller par moments vers le yaoi...
(rougissements dans les rangs féminins) – Ouuuh...
(Romukaji-sensei) - Diantre! Certes, l'esthétique générale emprunte certains codes à ce genre, mais pour ce que j'en ai vu, c'était à chaque fois d'une manière comique (le shinigami est gratiné dans son genre). Mais enfin, regardons la suite pour voir! (Si ça se résume à des corsets... huhuhu!)
Ah, c'est déjà l'heure. Hum! Si vous avez un peu de temps, regardez donc cet animé. Ce n'est certainement pas la série de l'année, mais elle possède des qualités appréciables qui permettent de passer un bon moment.
